14 janvier 2018

Diversité ethno-culturelle et multiculturalisme dans les arts et les médias

La reconnaissance symbolique par les pouvoirs publics et les institutions culturelles de formes et de pratiques naguère qualifiées de sous-, infra- ou non-culturelles (rock, bande dessinée, mode, street art, etc.) quoique toujours contestée, est en bonne voie. Ce qui l’est moins, en revanche, est la reconnaissance de la diversité ethno-culturelle de la population française et la promotion de ses minorités par le biais de la culture.

Héritant d’un lourd passé colonial mais aussi d’une conception de la république comme régime centré sur les droits et devoirs du citoyen indépendamment de ses caractéristiques particulières ou de ses appartenances communautaires, la France de la deuxième moitié du XXe siècle a promu « l’intégration culturelle sans la reconnaissance des cultures spécifiques, et la mise en place de politiques de la diversité sans la reconnaissance des groupes. »  (Angéline Escafré-Dublet 2014). De là découle une insuffisante prise en compte de la diversité ethno-culturelle par les politiques publiques de la culture et ce à deux niveaux au moins : celui des publics et celui des professionnels. L’absence de données chiffrées sur la fréquentation ou la non-fréquentation des institutions culturelles par des personnes issues de l’immigration plus ou moins récente ou appartenant à telle ou telle ethnie ou culture, ou aux « minorités visibles » ou racialisées, si elle peut s’expliquer et même se justifier, rend en tout cas objectivement plus difficile la mise en place de politiques qui cibleraient ces populations. De la même façon, le refus de procéder à des « statistiques ethniques » invisibilise les phénomènes de discrimination à l’embauche parmi les professionnels de la culture, ce que dénoncent plusieurs collectifs et associations.

Les initiatives se multiplient qui choisissent le champ de la formation et de l’enseignement supérieur spécialisé pour promouvoir la diversité culturelle non plus dans les paroles mais dans les actes. Ces actions soulèvent des questions redoutables, parmi lesquelles celles-ci : les artistes qui bénéficient de tels dispositifs sont-ils retenus en raison de leurs qualités artistiques ou de leur qualité de représentants de minorités défavorisées que l’on veut favoriser ? Qu’est-ce qu’un artiste « non-blanc » pour reprendre l’expression employée par un certain nombre de voix militantes ? Des actions sont aussi engagées du côté des collectivités territoriales, pour associer les représentants des populations marginalisées à la programmation des événements culturels, ce qui pose là aussi un certain nombre de questions : comment choisir les bons interlocuteurs, quel est leur degré de représentativité, quelles parts respectives faire aux cultures traditionnelles et aux formes plus novatrices ?

Ce sont toutes ces questions – et bien d’autres – qui seront traitées lors de cette rencontre d’une semaine. Ce type de problématique engage en effet des recherches dans la plupart des sciences humaines et sociales présentes dans les divers pôles. Science politique, histoire, sociologie, anthropologie, droit, économie sont quelques-unes des disciplines placées dans l’obligation de prendre en compte la réalité multiculturelle de nos sociétés. La responsabilité sociale des arts et les politiques de la culture, à travers les notions d’identité nationale ou communautaire, de représentation des minorités, de démocratie culturelle, de droits culturels, font l’objet d’un nombre croissant de recherches et de débats qui portent bien au-delà de la communauté universitaire. Objet transdisciplinaire, la question de la diversité culturelle est aussi transnationale et divers intervenants étrangers viendront témoigner de leur expérience en la matière.

À l’heure où, en France comme dans beaucoup de pays, la tendance semble être au repli nationaliste et aux crispations identitaires, où le « multiculturalisme » est – pour de bonnes et de mauvaises raisons – décrié, il semble utile, et même nécessaire, de faire entendre une voix différente, celle de l’ouverture, de la tolérance, de l’accueil, de l’intégration dans le respect – non inconditionnel – voire la promotion des différences. La diversité culturelle, si elle soulève un certain nombre de questions et de problèmes, est avant tout une richesse qu’il importe de valoriser.

Et voici le programme ! Il pourra encore bouger jusqu’à la dernière minute mais on peut espérer qu’il sera tenu dans les grandes lignes.

Lundi 18 septembre univ. Sorbonne-Nouvelle Paris 3 Amphithéâtre A

  • 9h15 Accueil et allocutions de bienvenue

(François Houllier, président d’USPC, Carle Bonnafous-Murat, président de l’université de Paris 3 Sorbonne-Nouvelle, Kathy Rousselet, préfiguratrice du pôle sciences sociales USPC, Laurent Creton, vice-président Commission de la recherche et président du Conseil académique de Paris 3)

  • 9h45 présentation de l’université d’été 2017 par Laurent Martin (professeur à l’université de Paris 3)
  • 10h Ouverture : conférence de Chérif Khaznadar (fondateur de la Maison des cultures du monde)

Matin : Des controverses intellectuelles et politiques sur la diversité culturelle et le multiculturalisme (colloque animé par Laurent Martin : comment poser et penser les grandes catégories intellectuelles qui structurent le débat sur la diversité culturelle et le multiculturalisme ? Quels liens entretiennent-elles avec le champ des arts et des médias et avec les politiques culturelles ?)

  • Pascal Blanchard (ACHAC)
  • Angéline Escafré-Dublet (Lyon 2)
  • Vincent Martigny (Ecole polytechnique / Sciences Po)
  • James Cohen (univ. Paris 3)

12h30-14h : buffet

Après-midi La question des représentations (table-ronde animée par Claire Blandin : comment montrer la diversité culturelle ? Que montre-t-on, que cache-t-on ? Les minorités dites visibles sont-elles invisibles dans les arts et les médias ? )

  • Catherine Kirchner (doctorante université Paris 3)
  • Sylvie Chalaye (professeure de théâtre à l’université de Paris 3)
  • Marc Cheb Sun (directeur de la revue D’ailleurs et d’ici)
  • Mémona Hintermann (CSA, présidente du groupe de travail Diversité)
  • Erwan Ruty (rédacteur en chef du Journal officiel des banlieues)

16h30-17h : pause

17h-19h : concert Lakhdar Hanou (oud oriental) / Jiang Nan (cithare chinoise)

19h-20h30 : cocktail

Mardi 19 septembre université Paris-Diderot (Paris 13earrondissement) amphithéâtre Buffon

Matin : La mesure du problème (colloque animé par Philippe Coulangeon : quels indicateurs pour la diversité culturelle dans les arts et médias ? Pourquoi la question des statistiques ethniques est-elle un tabou en France ? Faut-il des quotas et de la discrimination positive dans les arts et les médias ?)

  • Olivier Martin (professeur à l’université Paris 5 Paris-Descartes)
  • Olivier Thévenin (professeur à l’université Paris 3 Sorbonne-Nouvelle)
  • Loup Wolff (chef du DEPS, ministère de la Culture)
  • Patrick Simon (directeur de recherche à l’INED)
  • Jacek Rajewski (réseau Atana/Binoq, Fondation néerlandaise pour la diversité)

12h30-14h : buffet

Après-midi La question des professionnels et de la formation(table ronde animée par Laurent Fleury : les artistes et responsables culturels issus des minorités ethniques, religieuses ou linguistiques se heurtent-ils à une discrimination à l’embauche dans les arts et les médias ? Comment lutter efficacement contre ces phénomènes ? L’enseignement supérieur spécialisé est-il une solution ?)

  • Duniému Bourobou (directrice des études de l’Ecole d’art dramatique de Saint-Etienne)
  • Jalil Leclair (Collectif Décoloniser les arts)
  • Said Berkane (délégué général adjoint à la Fondation Culture et Diversité)
  • Holta Hoxha-Carron (directrice générale de l’association « 1000 visages »)
  • Jacek Rajewski (réseau Atana/Binoq, Fondation néerlandaise pour la diversité)
  • Serge Saada (professeur associé à Paris 3, chargé de mission à l’association Cultures du cœur)
  • Catherine Jean-Joseph Sentuc (cofondatrice de l’Ecole Miroir)

16h30-17h : pause

17h-19h : Projection du film Ouvrir la voix d’Amanda Gay, présentation par Rachel Kahn

Mercredi 20 septembre université Paris 13 (Villetaneuse) amphithéâtre 4 UFR de Droit

Matin : Diversité culturelle et diversité linguistique (colloque animé par Kaoutar Harchi : comment diversités culturelle et linguistique s’entrecroisent-elles ? Quelle place faire en France aux langues minoritaires ? La dénonciation du « français colonial » n’occulte-t-elle pas la part essentielle de l’acquisition du français dans l’intégration des immigrés ? Prend-en suffisamment en compte le français de la francophonie ? Qu’est-ce que serait une véritable politique de la traduction ?)

  • Marcel Courthiade (maître de conférence à l’INALCO)
  • Penda Diouf (auteure, directrice de la médiathèque Ulysse, au Franc-Moisin, et cofondatrice de « Jeunes textes en liberté)
  • Valérie Baran (directrice du Tarmac)
  • Michael Spanu (sociologue doctorant à l’université de Lorraine)
  • Gaid Evenou (délégation générale à la langue française et aux langues de France)

12h30-14h : buffet

Après-midi La question de la programmation et de la diffusion(tables rondes animées par Claire Blandin et Gérôme Guibert : quelle place est faite aux arts et cultures du monde par les institutions artistiques, médiatiques, culturelles ? Comment le multiculturel ou l’interculturel traverse-t-il les pratiques de création et de diffusion développées par les artistes et les institutions artistiques et culturelles ? Quelles parts respectives faire aux cultures traditionnelles et aux formes plus novatrices ?)

  • Marie Descourtieux (directrice des Affaires culturelles de l’Institut du Monde arabe)
  • Bérénice Saliou (Directrice artistique, culturelle et scientifique de l’Institut des cultures d’Islam)
  • Marie Sonnette (maîtresse de conférence à l’université d’Angers)
  • Salah Amokrane (TactiKollectif)
  • Seb Seb (artiste)
  • Raffaella Russo-Ricci (responsable adjointe du service éducatif du Musée d’art et d’histoire du judaïsme)

16h30-17h pause

17h-19h : Sebseb (poésie slam)

Jeudi 21 septembre Paris 3 Amphithéâtre Durkheim

Matin : Espaces : du quartier à l’Europe (colloque animé par Christine Manigand : du quartier à l’Europe et au monde, quels espaces, quelles échelles pour penser la diversité culturelle ? Quelles interactions entre les institutions culturelles et leur environnement urbain ? Les banlieues sont-elles le creuset où se forge l’avenir de la culture française ? Quel peut être le rôle des politiques publiques des villes, des États ou de l’Union européenne pour promouvoir la diversité culturelle ?)

  • Françoise Taliano-des-Garets (professeure à l’IEP Bordeaux)
  • Anne-Marie Autissier (maîtresse de conférence à l’université de Paris 8)
  • Karine Gloanec-Maurin (haute fonctionnaire en charge de la diversité au ministère de la Culture et de la communication)
  • Jean-Philippe Ruiz et Anita Helpiquet (festival de la diversité au Luxembourg / Centre de liaison des associations d’étrangers CLAE)

12h30-14h : buffet

Après-midi Culture et migrants la question des publics, des pratiques et de la participation (table ronde animée par Bruno Péquignot : quelle place faire aux pratiques culturelles et artistiques des populations, notamment issues de l’immigration ? Comment mieux associer les habitants au travail des institutions culturelles ? Comment toucher les publics qui demeurent en marge de l’institution culturelle ? La participation peut-elle aller jusqu’à la co-création de propositions artistiques ?)

  • Yann Lévêque (étudiant univ. Paris 3)
  • Nicaise Wegang (doctorante univ. Paris 3)
  • Christophe Blandin-Estournet (directeur du théâtre de l’Agora à Evry)
  • Luc Gruson (chargé de mission sur la culture et les arts au service de l’accueil des migrants)
  • Ksenija Konopeck (Borderland Centre Pologne)
  • Elsa Lauga-Mouledous (La Cimade / festival Migrant’scène)

16h30-17h : pause

17-19h : Lectures/écritures

Kaoutar Harchi Je n’ai qu’une langue, et ce n’est pas la mienne(Pauvert/Fayard 2016)

Anna Moï le Venin du papillon (Gallimard 2017)

Nathacha Appanah Tropique de la violence (Gallimard 2016)

Sabine Wespieser (éditrice)

Vendredi 22 septembre Paris 3 Amphithéâtre D 03

Matin : Temps : Histoire, mémoire et patrimoine (colloque animé par Laurent Martin : comment les institutions muséales et patrimoniales traitent-elles la question de la diversité culturelle ? Comment penser et montrer l’articulation de l’histoire et de la mémoire de l’immigration ? Sont-elles nécessairement conflictuelles ? Pourquoi n’existe-t-il pas en France de musée de la colonisation ?)

  • Octave Debary (anthropologue, univ. Paris 5)
  • Evelyne Ribert (sociologue, CNRS/EHESS)
  • Hélène Hatzfeld (politologue, Laboratoire Architecture Ville Urbanisme Environnement-UMR CNRS 7218)
  • Stéphane Malfettes (chef du service de coordination et de la programmation culturelle du Musée de l’Immigration)

12h30-14h : buffet

Après-midi La question de la transmission (table ronde animée par Alain Pierrot : quel rôle peuvent jouer les institutions éducatives dans la valorisation des différences et dans la transmission de la mémoire des diverses communautés qui composent la France ? Quels programmes peuvent-ils être mis en place pour faciliter l’interculturalité ? Quelle place faire à la diversité culturelle dans la construction d’une culture commune ?)

  • Marjorie Nakache et Kamel Ouarti (Studio théâtre de Stains)
  • Gilles Delebarre (chargé du programme DEMOS à la Philharmonie de Paris)
  • Ana Azor Lacasta (Migrar es cultura au musée de l’Amérique à Madrid)
  • Olivier Cogne (directeur du Musée dauphinois)
  • José Alcantud (professeur d’anthropologie sociale à l’université de Grenade)
  • Amar Nafa (Association Génériques)

16h30-17h : pause

17h-19h : Présentation de la Compagnie Tamérantong par Christine Pellicane et son équipe : 25 ans de travail artistique, culturel, social et politique dans les quartiers

19h-20h30 Cocktail

Cette université est organisée avec le concours de :

Comité scientifique Claire Blandin (univ. Paris 13), Philippe Coulangeon (CNRS/Sciences Po), Laurent Fleury (univ. Paris-Diderot Paris 7), Gérôme Guibert (univ. Sorbonne-Nouvelle Paris 3), Christine Manigand (univ. Sorbonne-Nouvelle Paris 3), Bruno Péquignot (univ. Sorbonne-Nouvelle Paris 3), Alain Pierrot (univ. Paris-Descartes Paris 5).

Comité d’organisation : Kaoutar Harchi, Catherine Kirchner, Yann Lévêque, Camille Mérité, Malcolm Théoleyre, Nicaise Wegang.